—Pardon, interrompit Marc; mademoiselle Françoise fait partie de notre plan; mais elle ne peut venir avec nous! Une femme qui conduit un enfant se remarque trop facilement; elle servirait à mettre sur nos traces, tandis qu’elle peut aider à les faire perdre.
—De quelle manière?
—Qu’elle prenne ce soir la diligence de Paris; on s’apercevra en même temps de sa disparition et de la vôtre, on ne doutera point que vous ne soyez parties ensemble; et les recherches se feront dans cette direction, tandis que nous en prendrons une autre.
—Laquelle?
—Celle de Coutances. Arrivée à Paris, mademoiselle Françoise retournera à son ancien logement, et j’irai l’y prendre dès que nous aurons trouvé une retraite.
La grisette et Honorine tombèrent d’accord que c’était le moyen le plus sûr. Après être convenue de tous les détails, Honorine regagna la ferme, assista au repas du soir et se mit au lit; mais, une fois tout le monde endormi, elle se releva, descendit avec précaution et trouva Marc à la porte de l’aire.
—Venez, dit celui-ci en enveloppant la jeune femme dans un manteau qu’il avait apporté; M. de Gausson m’a laissé son cabriolet qui nous attend au bout de l’avenue.
—Et Françoise? demanda-t-elle.
—Partie depuis deux heures; mais vite, vite! si par hasard quelqu’un nous rencontrait, tout serait perdu.
La jeune femme le suivit en pressant le pas. Seulement, arrivée au carrefour du chemin qui conduisait aux Motteux, elle se retourna; un rayon de lune glissait doucement sur le toit de chaume de la ferme, et le vieux château masquait l’horizon de sa masse délabrée. Honorine entendit de loin le mugissement des bœufs dans les étables, et la vieille girouette de la chapelle qui criait sur son axe de fer; son cœur se serra, elle sentit une larme gonfler sa paupière, et appuyant une main à ses lèvres elle envoya un baiser d’adieu à cette habitation où elle avait tant souffert et tant aimé! Le cabriolet avait été caché par Marc à l’entrée du taillis; tous deux y montèrent et prirent un chemin de traverse qui aboutissait à la route d’Isigny. Il les conduisit, au bout de quelques instants, sous les murs du jardin de M. Vorel. En apercevant, dans l’ombre, le pignon aigu et étroit du manoir, la jeune femme ne put se défendre d’un frémissement intérieur. Le regard de Marc s’arrêta également sur la demeure isolée.