—Alors, allez rue de Tournon, 8.

—Grand merci.

De Cillart fit un signe de la main et disparut.

Arthur se pencha vers le valet de pied qui se tenait debout près de la portière.

—Vous avez entendu l’adresse, Félix?

Le domestique s’inclina, referma la portière, et le coupé se dirigea vers la rue de Tournon.

IV
Une découverte.

Honorine était seule, près d’un feu mourant, la tête appuyée sur une main et tenant de l’autre la carte de Marc. Des ordres avaient été donnés par elle pour que le prétendu commis en parfumerie fût introduit aussitôt qu’il se présenterait à l’hôtel, et elle l’attendait avec une impatience inquiète.

En apprenant la fausseté de la lettre attribuée à sa mère, la première pensée de la jeune femme avait été, comme nous l’avons vu, de rompre un mariage auquel elle n’avait consenti que par surprise; mais l’arrestation de M. de Saint-Alofe lui avait enlevé, en même temps, et les moyens et la volonté de poursuivre cette rupture. La folie constatée du vieillard ôtait à l’accusation portée par lui son caractère de certitude et d’authenticité; la lettre, qui avait tout décidé, restait, sinon prouvée, du moins possible. Honorine voulut échapper à ce que sa position avait d’horrible en prenant un parti extrême. Elle demanda à suivre sa grand’mère aux Motteux; mais Arthur et la mère Louis repoussèrent également ce projet. La grosse paysanne, qui ne pouvait comprendre que l’on montrât si peu de goût pour un beau gars comme de Luxeuil, traita Honorine de mijaurée et prédit que dans quelques jours elle aurait renoncé à toutes ces frimes, tandis qu’Arthur objectait ironiquement son amour, et, plus sérieusement, le scandale d’une pareille séparation. La mère Louis repartit donc seule, laissant sa nièce sans défense et désespérée.

De Luxeuil ne fit rien pour la rassurer ni pour l’apaiser. Forcé à une longue dissimulation, humilié par un refus, ballotté longtemps entre les espérances et les craintes, il avait fini par s’irriter contre celle qui le soumettait à tant d’ennuis, et son indifférence s’était insensiblement transformée en rancune. Il en voulait à sa cousine de la peine qu’il avait eue à l’obtenir. Aussi ne répondit-il à sa douleur que par la dureté, à ses répulsions que par le dédain.