—Et tu as pensé que je me laisserais effrayer par tes menaces?
—Du tout; je sais que vous n’êtes pas poltron, bourgeois, mais je sais aussi que vous êtes raisonnable! Vous comprendrez qu’il suffirait d’une petite lettre à la justice pour qu’on recherche de quoi votre fils est mort, et si on trouve qu’il a avalé une boulette, faudra bien savoir si c’est vous qui la lui avez jetée.
—Moi! s’écria Vorel; mais tu ne comprends donc pas, malheureux, que cette mort m’enlève tout droit à l’héritage de madame Louis; qu’elle me ruine, que je donnerais une partie des années qui me restent à vivre pour ressusciter mon fils!
—Bah! dit Jacques, persuadé par l’accent douloureux du médecin; mais si c’est pas vous qui avez fait le coup, pourquoi donc que vous n’avez rien dit, alors? La justice aurait bien trouvé ceux qui avaient intérêt à la chose.
—Intérêt! répéta le médecin frappé: il n’y avait que cette femme à en profiter.
—La petite Parisienne! Eh bien, puisqu’elle vous prend sur les nerfs, pourquoi ne pas lui avoir passé cette corde-là au cou?
Le front de Vorel s’éclaira subitement.
—La mère Louis morte, une explication devient impossible, murmurait-il; toutes les circonstances accusent Honorine... elle seule trouvait avantage à se débarrasser d’un cohéritier... Comment n’ai-je point pensé plus tôt!... Ah! la haine est aveugle! mais il est encore temps! Oui, quelles que soient les difficultés, j’entreprendrai cette tâche: je la poursuivrai jusqu’au bout; j’arracherai à cette femme l’héritage qu’elle m’a dérobé!
—Eh bien, c’est à moi que vous devrez ça, reprit le Parisien; je vous demandais de payer pour me taire; maintenant, j’y ai encore bien plus de droit, pour avoir parlé.
—Tu veux une récompense pour être venu me menacer, dit Vorel, à qui son espoir avait rendu une nouvelle énergie; vide la place, drôle, je fais déjà trop en te laissant ce que tu m’as volé.