—Alors rien n’est désespéré, reprit Marc avec effort... demain... je parlerai à monsieur de Luxeuil.
Et comme il vit que de Gausson voulait l’interrompre.
—Oh! ne craignez point d’essai de conciliation, continua-t-il plus vivement; je sais que ce serait une tentative inutile... non... il faut que toute incertitude finisse... que votre avenir se décide, et il se décidera...
—Et par quel moyen? demanda Marcel.
—Vous le saurez... plus tard, répliqua le chouan qui s’était levé... pour ce soir, c’est assez... Dormez, Monsieur, afin d’avoir demain toutes vos forces; dormez, et bon courage.
Il fit de la main un signe à de Gausson, qui salua, et il s’avança vers la porte; mais au moment de l’ouvrir, il se retourna les yeux baissés et dit d’une voix oppressée:
—Je ne vous ai rien caché, et après avoir écouté, vous vous êtes tu! Je comprends ce silence, c’était, sans doute, tout ce que je pouvais espérer de votre justice. A vos yeux, le repentir n’a pu expier le crime... et vous n’éprouvez pour moi que haine et mépris!...
—Non, dit Marcel avec quelque effort, si mon premier sentiment a été l’indignation... ensuite... il a cédé... à la pitié! et maintenant je vous plains.
Marc le regarda.
—Vous le pouvez, dit-il d’un accent sourd, plaignez-moi, plaignez-moi! Si mon plus cruel ennemi savait ce que j’ai souffert, il renoncerait à la vengeance. Ce secret que je viens de dire... voilà vingt années qu’il pèse là, sur ma poitrine, qu’il me déchire, qu’il m’étouffe! vingt fois, il a failli m’échapper; vingt fois, quand j’étais près d’elle, quand elle me remerciait; vingt fois, j’ai failli lui dire:—Je suis ton père!... mais elle eût répondu par un cri de douleur; elle eût rougi... Je me suis tu. Oh! Monsieur, n’avoir qu’une pensée et ne pouvoir l’avouer, n’avoir qu’un amour et le tenir caché comme un crime. Ne jamais espérer de retour... C’est ma fille, Monsieur... Eh bien! savez-vous... je mourrai sans l’avoir embrassée!