Marc ouvrit en grand la porte qui donnait sur la rue et fit un pas au dehors.

—Au revoir donc... ou adieu... dit de Luxeuil au banquier en allumant un cigare; dans une heure vous aurez de nos nouvelles.

Marquier voulut répondre; mais Arthur lui imposa silence du geste, affermit son chapeau sur sa tête, plaça le cigare entre ses lèvres et suivit son conducteur.

Les premières lueurs du jour blanchissaient seulement l’horizon; les brouillards de la mer couvraient le rivage, et l’on apercevait à peine le sentier qu’il fallait suivre. Marc allait en avant, éclairant de sa lanterne les pas de son compagnon. Ils descendirent d’abord jusqu’au pont du Couesnon, puis gagnèrent la grève. Le vent était froid et humide; de Luxeuil pressa le pas sans s’en apercevoir, de manière à marcher de front avec Marc. Le duel dont il allait courir les chances ressemblait trop peu à ceux dont il était précédemment sorti victorieux pour qu’il n’éprouvât pas, malgré lui, quelque chose de cette inquiète impatience qui s’éveille chez tout homme à l’approche du danger. Son sang circulait plus vivement, une agitation involontaire parcourait ses nerfs, il chantait sans s’en apercevoir; il eût voulu parler, et le silence de son compagnon l’oppressait; enfin, quelle que fût sa répugnance, il se décida à lui adresser la parole.

—Sommes-nous bientôt à l’endroit où M. de Gausson doit nous attendre? demanda-t-il.

—Non, répondit le chouan.

Il y eut un court silence.

—C’est, il me semble, une étrange idée d’avoir choisi un rendez-vous si éloigné, reprit Arthur; tout pouvait se décider à dix pas de l’auberge.

—En exposant madame Honorine à entendre le coup de pistolet et à voir le cadavre, répliqua Marc.

De Luxeuil fit des épaules un mouvement ironique.