Le garçon de bureau poussa un cri et voulut s’élancer vers de Luxeuil; Honorine se jeta entre eux, les mains en avant.

—Laissez, Madame, dit Arthur, qui avait avancé le bras vers la sonnette, nos gens sont là, et, grâce à leur intervention, nous pouvons avoir des preuves plus convaincantes de ce que j’avance.

—Des preuves, répéta la femme haletante, et lesquelles, Monsieur?

—La marque qui a brûlé l’épaule de cet homme, et la carte d’espion qu’il cache sur lui.

En prononçant ces mots il avait saisi le cordon de la sonnette; Honorine le retint.

—N’appelez pas, Monsieur, dit-elle; ne voyez-vous pas que toute intervention est désormais inutile!

L’élan de colère de Marc n’avait été, en effet, qu’un éclair; il venait de s’appuyer au mur, le visage caché dans ses mains. Il y eut une courte pause pendant laquelle les acteurs de cette scène étrange demeurèrent immobiles. La jeune femme contemplait le garçon de bureau écrasé sous la douleur et la honte, tandis qu’Arthur les enveloppait tous deux d’un regard ironiquement triomphant.

—Ainsi, c’est vrai! reprit Honorine; tout est bien vrai, mon Dieu!

—Non, dit Marc, en laissant retomber ses mains; non, tout n’est point vrai, Madame. Je ne suis venu ni pour surprendre des secrets ni pour en profiter. Ce qui est vrai, c’est la honte de mon passé, l’infamie du présent!... Tout le reste est un mensonge! Si je vous ai cherchée c’était pour accomplir un devoir. Celle qui me l’avait imposé SAVAIT CE QUE J’ÉTAIS, et cependant elle a eu confiance! Ah! si je pouvais dire!... Mais à quoi bon;... d’un mot on m’a flétri à vos yeux; maintenant vous ne pouvez avoir pour moi que du mépris!...

Il s’arrêta; une sueur glacée inondait son front, il pressa ses mains sur sa poitrine comme s’il eût voulu ralentir les battements de son cœur et un gémissement inarticulé lui échappa.