—Il ne faut pas oublier que madame Honorine a été élevée au couvent.

—Et qu’elle a reçu les instructions de la comtesse: Bon sang ne peut mentir.

—Plus bas, Messieurs, de grâce plus bas, interrompit Marquier, effrayé d’entendre les voix des trois interlocuteurs s’élever insensiblement. Songez que si l’on savait...

—Ainsi, vous êtes décidément le dieu du temple? demanda de Rossac qui ne pouvait cacher son étonnement.

Marquier sourit d’un air de fatuité.

—Permettez, cher ami, dit-il, en promenant autour de lui un regard précautionneux; vous comprenez que ce n’est pas à moi de déclarer... d’autant que j’ai toujours été cité pour ma discrétion. C’est à vous de juger s’il y a des preuves suffisantes...

Jusqu’à ce moment de Gausson avait tout vu et tout écouté dans une immobilité complète. La surprise d’abord, puis la douleur et l’indignation avaient pour ainsi dire suspendu en lui la faculté de l’action. Arraché à sa méditation exaltée par l’étrange révélation qui venait d’avoir lieu, il se trouva dans la position du fumeur d’opium qui s’éveille subitement d’un rêve enchanté pour se retrouver dans la fange du chemin. Cependant, au milieu même de ce vertige, aucun doute injurieux pour Honorine ne s’éleva en lui; il ne pouvait comprendre, mais il ne soupçonnait pas. Ce fut seulement en entendant les dernières paroles prononcées par Marquier que la présence d’esprit lui revint. A cet aveu détourné qui proclamait le déshonneur d’Honorine, il se leva comme réveillé en sursaut.

—Non, je n’accepte point la preuve, dit-il vivement.

—Tiens, Marcel nous écoutait! s’écria d’Alpoda.

—Je ne l’accepte point, continua de Gausson avec une gravité impérieuse, et si M. Marquier est un homme d’honneur, il rétractera ce qu’il vient de dire...