—Moi!... je n’ai rien dit, interrompit le banquier effarouché. J’ai au contraire protesté de ma discrétion...

—La discrétion suppose un secret à cacher, Monsieur, reprit impétueusement Marcel, et ce secret n’existe pas... Ne vous armez point d’une prétendue réserve qui en dit plus que la parole: le silence peut aussi calomnier.

—Permettez, balbutia Marquier d’un ton embarrassé qu’il eût voulu rendre conciliant, ce n’est point ma faute si ces messieurs ont vu...

—C’est juste! fit observer de Rovoy en s’adressant à Marcel; vous oubliez la lettre, mon cher.

—Toute la question est là, continua d’Alpoda.

—Sans la lettre je douterais comme vous, acheva le vicomte.

De Gausson regarda les trois jeunes gens. Il est des inspirations que rien ne peut expliquer, et auxquelles nous obéissons pourtant avec une irrésistible confiance, élans sublimes ou folles témérités, selon les chances et selon le succès, mais toujours également subites, également inattendues pour nous-mêmes. De Gausson se sentit emporté par un de ces mouvements pour ainsi dire involontaires. En entendant les doutes exprimés sur la lettre que Marquier venait de remettre, il fit un geste de résolution, quitta brusquement le groupe de jeunes gens, s’approcha d’Honorine, qui tenait toujours à la main le carnet d’ivoire, et le lui demanda à haute voix. La jeune femme le lui remit.

—Me permettez-vous de l’ouvrir, Madame? demanda de Gausson qui la regarda fixement.

—Pourquoi non? dit-elle en souriant.

—Êtes-vous sûre qu’il ne renferme rien de secret? insista Marcel.