—Oui, ma mère, s’écria-t-elle en tendant la main vers la peinture adorée, oui, je croirai et j’irai.

Elle se leva aussitôt sans hésitation et écrivit un billet adressé à Arthur.

«Les derniers liens sont rompus entre nous; je pars pour les Motteux, où j’espère trouver asile et protection. Je vous laisse la libre jouissance de tout ce qui m’appartient. Tant que vous respecterez ma retraite, je m’interdirai toute réclamation de mes droits; si vous essayez de la troubler, j’en appellerai aux juges qui, en légitimant une séparation nécessaire entre les personnes, devront la prononcer également entre les intérêts...

»J’espère que vous comprendrez cette position et que vous éviterez un éclat qui ne pourrait tourner que contre vous-même.

»Adieu, soyez heureux si vous le pouvez; je pars sans rancune et sans haine.

»Honorine.»

Ce billet cacheté, elle chercha les objets qu’elle avait réunis la veille, prit une capote, un manteau de voyage et sortit de l’hôtel.

Le jour commençait seulement à paraître. Les premières rues qu’elle traversa étaient encore désertes; mais elle allait sans crainte et dans une sorte d’ivresse. Préparée par sa première éducation de couvent à croire possible l’intervention des êtres invisibles, elle avait accepté son rêve, non comme une symbolisation des pensées qui préoccupaient son âme, mais comme un avertissement surnaturel adressé par sa mère. Aussi n’avait-elle aucune des incertitudes que laissent les résolutions basées sur les raisonnements humains. Elle allait, conduite par une autorité irrésistible et sainte, ne sentant ni le poids de la responsabilité, ni la crainte du résultat. Les sages eussent peut-être regardé cette confiante audace comme une crise de folie; mais, aux yeux d’Honorine ce n’était que la foi dans l’ordre et les promesses de sa mère.

Sept heures sonnaient à l’horloge de Saint-Louis lorsqu’elle frappa à la porte de la maison de la rue des Morts.

VIII
Les Motteux.