—D’où je viens? reprit Françoise; eh bien! vous ne voyez donc pas que je l’ai, mon fils, mon trésor!... ce n’a pas été sans peine; mais enfin, on me l’a rendu, et, maintenant, je défie bien qu’on me l’ôte! Cher sang de mon cœur, va!

Elle avait rapproché l’enfant de ses lèvres et le couvrait de baisers. Il la serra dans ses petits bras potelés, en répétant mam... man, mam... man, avec cette accentuation saccadée des enfants qui s’essaient à répéter les sons.

—Entendez-vous? il parle! s’écria Françoise triomphante. Est-il beau, n’est-ce pas? et fort, cher monsieur Marc, et bien portant, et gai!... Ah! Dieu m’a-t-il fait une grande grâce de me le rendre ainsi!

Et la grisette attendrie se remit à embrasser son fils avec une ivresse triomphante.

Marc la regardait silencieusement. Cette exaltation de mère semblait n’avoir rien qui l’étonnât; loin de là, on eût dit qu’il y trouvait ses propres sensations: il laissa la tendresse de la jeune femme s’épancher librement, et ne reprit qu’après une pause:

—J’avais su tout ce qui était arrivé: votre maladie, votre départ pour chercher l’enfant, mais le petit était près de Gaillon, comment vous trouvez-vous à Trévières?

—Ah! ce n’est pas volontairement, allez, reprit Françoise; j’ai eu bien du tourment depuis que j’ai quitté Paris et il y en aurait pour longtemps à vous conter.

—Donnez-moi d’abord le petit à porter, interrompit Marc; vous êtes morte de fatigue.

Il avança les bras pour prendre l’enfant; mais celui-ci se rejeta sur l’épaule de sa mère.

—Vous avez cru qu’il irait comme ça avec vous? dit Françoise en riant; ah! bien oui, il ne connaît que moi: voilà deux mois qu’il vit, pour ainsi dire, entre mes bras.