Huit heures.—Tout ce que je viens d'écrire m'a troublé! Jusqu'à présent, j'ai cherché des enseignements pour la vie dans la vie! Serait-il donc vrai que les principes humains ne pussent toujours suffire? qu'au-dessus de la bonté, de la prudence, de la modération, de l'humilité, du dévoûment lui-même, il y eût une grande idée qui pût seule faire face aux grandes infortunes, et que si l'homme a besoin de sa vertu pour les autres, il a besoin du sentiment religieux pour lui-même?
Quand, selon l'expression de l'Écriture, le vin de la jeunesse enivre, on espère se suffire; fort, heureux et aimé, on croit, comme Ajax, pouvoir échapper à toutes les tempêtes malgré les dieux; mais, plus tard, les épaules se courbent, le bonheur s'effeuille, les affections s'éteignent, et alors, effrayé du vide et de l'obscurité, on étend les bras, comme l'enfant surpris par les ténèbres, et on appelle au secours Celui qui est partout.
Je demandais ce matin pourquoi tout devient confus pour la société et pour les individus. La raison humaine allume en vain, d'heure en heure, quelque nouveau flambeau sur les bornes du chemin, la nuit devient toujours plus sombre! N'est-ce point parce qu'on laisse s'éloigner, de plus en plus, le soleil des âmes, Dieu?
Mais qu'importent au monde ces rêveries d'un solitaire? Pour la plupart des hommes, les tumultes du dehors étouffent les tumultes du dedans, la vie ne leur laisse point le loisir de s'interroger. Ont-ils le temps de savoir ce qu'ils sont et ce qu'ils devraient être, eux que préoccupe le prochain bail ou le dernier cours de la rente? Le ciel est trop haut, et les sages ne regardent que la terre.
Mais moi, pauvre sauvage de la civilisation, qui ne cherche ni pouvoir, ni richesse, et qui ai abrité ma vie à l'idéal, je puis retourner impunément à ces souvenirs de l'enfance, et si Dieu n'a plus de fête dans notre grande cité, je tâcherai de lui en conserver une dans mon cœur.
CHAPITRE VII.
CE QUE COUTE LA PUISSANCE ET CE QUE RAPPORTE LA CÉLÉBRITÉ.
Dimanche 1er juillet.—C'est hier qu'a fini le mois consacré par les Romains à Junon (junius, juin). Nous entrons aujourd'hui en juillet.
Dans l'ancienne Rome, ce dernier mois s'appelait quintilis (cinquième), parce que l'année, divisée seulement en dix parties, commençait en mars: Lorsque Numa Pompilius la partagea en douze mois, ce nom de quintilis fut conservé, ainsi que les noms suivants: sextilis, september, october, november, december, bien que ces désignations ne correspondissent plus aux nouveaux rangs occupés par les mois. Enfin, plus tard, le mois de quintilis, où était né Jules César, fut appelé julius, dont nous avons fait juillet.
Ainsi, ce nom inséré au calendrier y éternise le souvenir d'un grand homme: c'est comme une épitaphe éternelle gravée par l'admiration des peuples sur la route du temps.