Et, s'avançant vers un baquet plein d'eau, il s'y plongea le visage à plusieurs reprises.
Tous les yeux s'étaient tournés vers lui; la paysanne elle-même semblait étonnée. Enfin il releva sa tête ruisselante. Cette ablution avait dissipé une partie de son ivresse; il nous regarda un instant; puis se tourna vers Geneviève, et tout son visage s'illumina.
—Robert! s'écria-t-il en allant à l'enfant qu'il prit dans ses bras. Ah! donne, femme, je veux le voir.
La mère parut lui abandonner son fils avec répugnance, et resta devant lui les bras étendus, comme si elle eût craint une chute pour l'enfant. La nourrice reprit à son tour la parole et renouvela ses réclamations, en menaçant cette fois de la justice. Michel écouta d'abord attentivement; mais quand il eut compris, il remit le nourrisson à sa mère.
—Combien doit-on? demanda-t-il.
La paysanne se mit à détailler les différentes dépenses, qui montaient à un peu plus de trente francs. Le menuisier cherchait au fond de ses poches, sans rien trouver. Son front se plissait de plus en plus; de sourdes malédictions commençaient à lui échapper; tout à coup il fouilla dans sa poitrine, en retira une grosse montre, et l'élevant au-dessus de sa tête:
—Le voilà, votre argent! s'écria-t-il, avec un éclat de gaieté; une montre, premier numéro! Je me disais toujours que ça serait une poire pour la soif; mais c'est pas moi qui l'aurai bue, c'est le petit... Ah! ah! ah! allez me la vendre, voisine, et si ça ne suffit pas, j'ai mes boucles d'oreilles. Eh! Geneviève, tire-les-moi, les boucles d'oreilles à l'équerre! Il ne sera pas dit qu'on t'aura fait affront pour l'enfant. Non... quand je devrais mettre en gage un morceau de ma chair! La montre, les boucles d'oreilles et ma bague, lavez-moi tout ça chez l'orfèvre; payez la campagnarde et laissez dormir le moutard! Donne, Geneviève, je vas le mettre au lit.
Et prenant le nourrisson des bras de la mère, il le porta d'un pas ferme à son berceau.
Il fut facile de remarquer le changement qui se fit dans Michel à partir de cette journée. Toutes les vieilles relations de débauche furent rompues. Partant pour le travail dès le matin, il revenait régulièrement chaque soir pour finir le jour avec Geneviève et Robert. Bientôt même, il ne voulut plus les quitter, il loua une boutique près de la fruiterie et y travailla pour son compte.
L'aisance serait revenue à la maison sans les dépenses que nécessitait l'enfant. Tout était sacrifié à son éducation. Il avait suivi les écoles, étudié les mathématiques, le dessin, la coupe des charpentes, et ne commençait à travailler que depuis quelques mois. Jusqu'ici le laborieux ménage avait donc épuisé ses ressources à lui préparer une place d'élite dans sa profession; mais, par bonheur, tant d'efforts n'étaient point inutiles; la semence avait porté ses fruits, et l'on touchait aux jours de la moisson...