[ [2] Voir dans le Magasin Pittoresque de 1847 cette belle composition.
A force de contempler ces deux figures, d'expression si diverse et si vive, toutes deux se sont animées devant mes yeux; je les ai vues se mouvoir, je les ai entendu se parler; l'image est devenue une scène vivante dont je me trouvais le spectateur.
Le vétéran avançait lentement une main appuyée sur l'épaule du jeune soldat. Ses yeux, à jamais fermés, n'apercevaient plus le soleil qui scintillait à travers les marronniers en fleur. A la place du bras droit se pliait une manche vide, et l'une des cuisses reposait sur une jambe de chêne dont le retentissement sur le pavé faisait retourner les passants.
A la vue de ce vieux débris de nos luttes patriotiques, la plupart hochaient la tête avec une pitié affligée, et faisaient entendre une plainte ou une malédiction.
—Voilà à quoi sert la gloire! disait un gros marchand; en détournant les yeux avec horreur.
—Déplorable emploi d'une vie humaine! reprenait un jeune homme qui portait sous le bras un volume de philosophie.
—Le troupier aurait mieux fait de ne point quitter sa charrue, ajoutait un paysan d'un air narquois.
—Pauvre vieux! murmurait une femme presque attendrie.
Le vétéran a entendu et son front s'est plissé; car il lui semble que son conducteur est devenu pensif! Frappé de ce qui se répète autour de lui, il répond à peine aux questions du vieillard, et son regard, vaguement perdu dans l'espace, paraît y chercher la solution de quelque problème.
Les moustaches grises du vétéran se sont agitées; il s'arrête brusquement, et retenant, du bras qui lui reste, son jeune conducteur: