L'ordre nous éblouit, comme les feux, la cendre,
Tout nous éclaire et nous paraît : flambeau ;
Nos plus simples mots ont un sens si beau
Que nous les répétons pour les sans cesse entendre.

Nous sommes les victorieux sublimes
Qui conquérons l'éternité,
Sans nul orgueil et sans songer au temps minime :
Et notre amour nous semble avoir toujours été.

Pour que rien de nous deux n'échappe à notre étreinte,
Si profonde qu'elle en est sainte
Et qu'à travers le corps même, l'amour soit clair,
Nous descendons ensemble au jardin de ta chair.

Tes seins sont là, ainsi que des offrandes,
Et tes deux mains me sont tendues ;
Et rien ne vaut la naïve provende
Des paroles dites et entendues.

L'ombre des rameaux blancs voyage
Parmi ta gorge et ton visage
Et tes cheveux dénouent leur floraison,
En guirlandes, sur les gazons.

La nuit est toute d'argent bleu,
La nuit est un beau lit silencieux,
La nuit douce, dont les brises vont, une à une,
Effeuiller les grands lys dardés au clair de lune.

Bien que déjà, ce soir,
L'automne
Laisse aux sentes et aux orées,
Comme des mains dorées,
Lentes, les feuilles choir ;
Bien que déjà l'automne,
Ce soir, avec ses bras de vent,
Moissonne
Sur les rosiers fervents,
Les pétales et leur pâleur,
Ne laissons rien de nos deux âmes
Tomber soudain avec ces fleurs.

Mais tous les deux autour des flammes
De l'âtre en or du souvenir,
Mais tous les deux blottissons-nous,
Les mains au feu et les genoux.

Contre les deuils à craindre ou à venir,
Contre le temps qui fixe à toute ardeur sa fin,
Contre notre terreur, contre nous-mêmes, enfin,
Blottissons-nous, près du foyer,
Que la mémoire en nous fait flamboyer.

Et si l'automne obère
A grands pans d'ombre et d'orages plânants,
Les bois, les pelouses et les étangs,
Que sa douleur du moins n'altère
L'intérieur jardin tranquillisé,
Où s'unissent, dans la lumière,
Les pas égaux de nos pensées.