Le don du corps, lorsque l'âme est donnée
N'est rien que l'aboutissement
De deux tendresses entraînées
L'une vers l'autre, éperdûment.
Tu n'es heureuse de ta chair
Si simple, en sa beauté natale,
Que pour, avec ferveur, m'en faire
L'offre complète et l'aumône totale.
Et je me donne à toi, ne sachant rien
Sinon que je m'exalte à te connaître,
Toujours meilleure et plus pure peut-être
Depuis que ton doux corps offrit sa fête au mien.
L'amour, oh ! qu'il nous soit la clairvoyance
Unique, et l'unique raison du cœur,
A nous, dont le plus fol bonheur
Est d'être fous de confiance.
Fût-il en nous une seule tendresse,
Une pensée, une joie, une promesse,
Qui n'allât, d'elle-même, au devant de nos pas ?
Fût-il une prière en secret entendue,
Dont nous n'ayons serré les mains tendues
Avec douceur, sur notre sein ?
Fût-il un seul appel, un seul dessein,
Un vœu tranquille ou violent
Dont nous n'ayons épanoui l'élan ?
Et, nous aimant ainsi,
Nos cœurs s'en sont allés, tels des apôtres,
Vers les doux cœurs timides et transis
Des autres :
Ils les ont conviés, par la pensée,
A se sentir aux nôtres fiancés,
A proclamer l'amour avec des ardeurs franches,
Comme un peuple de fleurs aime la même branche
Qui le suspend et le baigne dans le soleil ;
Et notre âme, comme agrandie, en cet éveil,
S'est mise à célébrer tout ce qui aime,
Magnifiant l'amour pour l'amour même,
Et à chérir, divinement, d'un désir fou,
Le monde entier qui se résume en nous.
Le beau jardin fleuri de flammes
Qui nous semblait le double ou le miroir,
Du jardin clair que nous portions dans l'âme,
Se cristallise en gel et or, ce soir.
Un grand silence blanc est descendu s'asseoir
Là-bas, aux horizons de marbre,
Vers où s'en vont, par défilés, les arbres
Avec leur ombre immense et bleue
Et régulière, à côté d'eux.