— A trois pas de la mosquée du Pacha…
— Oui, c’est un peu loin. On serait en retard.
Excellent Planier ! Il ne dit pas « nous serions… » ni « tu serais en retard » ; mais il a trouvé une réponse qui me laisse libre d’aller seul faire ce détour. Minute grave pour moi. Mais non, je ne céderai pas.
— Je mettrai le tout au courrier. Marchons…
C’est ce que j’ai déclaré à haute voix, d’un air résolu ; mais tout bas, j’ajoute, en regardant le minaret qui surgit parmi les arbres étranges de la promenade : « Adieu, Mercédès… »
IV
DÉPAYSEMENT
Depuis quinze jours, à Gabès, m’attendait un télégramme de Mercédès. Car nous avons mis deux semaines, Planier, quelques autres et moi-même pour échouer enfin dans cette brûlante cour de caserne, ville militaire à côté des villages arabes et européens.
Je tourne dans mes mains grossies par la chaleur ce télégramme passe-partout de vingt-deux mots, adresse comprise :
Reçu lettre. Écris souvent. Courage. Ne t’oublie pas. Affection. Mercédès.
L’heure de dépôt de cette dépêche porte 9 heures 43. Du matin ou du soir ? Du matin sans doute. Mercédès ayant trouvé mon mot d’adieu dans la matinée est aussitôt sortie pour me répondre. Qui sait ? Elle me gardait un peu plus que de la sympathie, comme elle l’assurait. Mais une Espagnole amplifie si naturellement ce qu’elle éprouve ! De l’« affection » comme elle le confie aux lignes indiscrètes du télégraphe ?