En route, avec Planier, nous passons non loin de la ruelle où Mercédès séjourne. Toutefois, ce n’est pas une heure raisonnable pour déranger une femme qui vient peut-être de se coucher. Pas de halte. Ayons le courage de ne pas nous arrêter. Comme mes pieds sont lourds ! Comme mon cœur chavire tout d’un coup ! C’est si près d’ici !… Non, il ne faut pas. Comment serais-je reçu d’ailleurs ! Et puis que découvrirais-je ? De cette passade, j’emporterai un souvenir poudré et repeint, celui qu’il me plaît de mettre sur un nom à trois syllabes…

Le limousin Planier intervient à propos :

— C’est Wassermann, tu sais, qui a inscrit ton nom sur la liste de départ. Sans lui, on t’oubliait et moi aussi.

— Pas pour longtemps, dis-je, m’accrochant au dérivatif de cette conversation.

— Est-ce qu’on sait ? Et puis, un mois à vivre, ça fait toujours un mois…

— Il a tant d’influence que ça, ce Wassermann !

Je parle les lèvres closes sans presque ouvrir la bouche, car nous sommes plus près que jamais de la maison de Mercédès et je sens bien que c’est la dernière fois, la suprême occasion. Après, ce sera fini…

— Il fait ce qu’il veut, assure Planier, comme tous les scribes. Bah ! on le retrouvera. Son tour viendra. Mais tu n’avais pas de lettre à mettre à la poste ?

— Précisément, nous sommes près de la maison où ma lettre doit être remise.

— C’est loin ?