— Non, un garçon qui est malade, qui vient comme vous d’Oran et qui vous connaît…

— Comment s’appelle-t-il ?

— Je ne me souviens pas… Ce garçon m’a dit qu’il avait fait une curieuse rencontre dans le train de Sousse à Gabès.

— C’est possible.

— C’est possible ? Mais vous avez voyagé avec lui.

— Une rencontre, dites-vous ?…

Je réfléchis. En vérité, je ne me souviens pas. Je n’ai pas remarqué. Pour tout avouer, je n’y ai peut-être pas pensé, trop occupé par l’approche du désert :

— Il y avait, dans notre train, des dames qui riaient et qui devaient rejoindre leur maison-mère à Gabès ou à Médenine. En face de nous une jeune femme qui ne bougeait pas de la banquette où elle était assise.

— Une indigène ?

— Un grand voile blanc, une jupe européenne d’un carmin éclatant, un corsage d’un bleu vif. Sur la lèvre inférieure, un tatouage qui dessinait comme les nervures d’une feuille. Enfin, sous les cheveux du front, « coupés à la chien », une sorte de croix de Lorraine, également tatouée.