Je souris en regardant Maurice Thuaire. Je sais bien que je souris. Une amulette me protège. Thuaire devine aussitôt :

— Vous vous croyez exempt, me dit-il, parce que vous portez sur vous un fétiche ou un gri-gri. Erreur. Il n’y a pas de mascotte.

J’aurais bien demandé à Maurice Thuaire les raisons d’une si catégorique affirmation, mais Marcel Allix, un autre de ceux qu’il me plaît de rencontrer, apparaît dans l’encadrement de la porte.

Depuis un moment, pour nous prévenir de sa présence, il remue des fioles à étiquettes rouges sur une étagère de bois et déplace de la poussière. Petit, rasé parce qu’imberbe, le cheveu frisottant, le nez coupé par un lorgnon, il ouvre sur les gens des yeux tour à tour vifs et indifférents. C’est un Algérien d’Alger. Il prépare son droit. Est-ce pour cette raison qu’on l’a adjoint à Maurice Thuaire ?

— Est-il indiscret de vous écouter ?

Je me retourne pour répondre :

— Nous nous demandons ce que nous faisons ici à Gabès, dans l’ancienne Ta-Capae des Romains…

— Quelles sont vos impressions du Sud en particulier et de l’Afrique en général ? me demande Marcel Allix.

Que me veut cet Algérien curieux de connaître les sentiments d’un « Frankaouï » ?

— Sujet de thèse, dis-je…