Le jour où Denise résolut enfin de lui donner congé, Bourras revenait précisément de chez son avocat.
— Croyez-vous! cria-t-il, ils disent maintenant que la maison n'est pas solide, ils prétendent établir qu'il faut en reprendre les fondations… Parbleu! ils sont las de la secouer, avec leurs sacrées machines. Ce n'est pas étonnant, si elle se casse!
Puis, quand la jeune fille lui eut annoncé qu'elle partait, qu'elle rentrait au Bonheur avec mille francs d'appointements, il fut si saisi, qu'il leva seulement vers le ciel ses vieilles mains tremblantes. L'émotion l'avait fait tomber sur une chaise.
— Vous! vous! balbutia-t-il. Enfin, il n'y a que moi, il ne reste plus que moi!
Au bout d'un silence, il demanda:
— Et le petit?
— Il retournera chez Mme Gras, répondit Denise. Elle l'aimait beaucoup.
De nouveau, ils se turent. Elle l'aurait préféré furieux, jurant, tapant du poing; ce vieillard suffoqué, écrasé, la navrait. Mais il se remettait peu à peu, il recommençait à crier.
— Mille francs, ça ne se refuse pas… Vous irez tous. Partez donc, laissez-moi seul. Oui, seul, entendez-vous! Il y en aura un qui ne pliera jamais la tête… Et dites-leur que je gagnerai mon procès, quand je devrais y manger ma dernière chemise!
Denise ne devait quitter Robineau qu'à la fin du mois. Elle avait revu Mouret, tout se trouvait réglé. Un soir, elle allait remonter chez elle, lorsque Deloche, qui la guettait sous une porte cochère, l'arrêta au passage. Il était bien heureux, il venait d'apprendre la grande nouvelle, tout le magasin en causait, disait-il. Et il lui conta gaiement les commérages des comptoirs.