— Mais c'est la liberté que je vous offre, c'est une existence de plaisirs et de luxe… Je vous mettrai chez vous, je vous assurerai une petite fortune.
— Non, merci, je m'ennuierais à ne rien faire… Je n'avais pas dix ans que je gagnais ma vie.
Il eut un geste fou. C'était la première qui ne cédait pas. Il n'avait eu qu'à se baisser pour prendre les autres, toutes attendaient son caprice en servantes soumises; et celle-ci disait non, sans même donner un prétexte raisonnable. Son désir, contenu depuis longtemps, fouetté par la résistance, s'exaspérait. Peut- être n'offrait-il pas assez; et il doubla ses offres, et il la pressa davantage.
— Non, non, merci, répondait-elle chaque fois, sans une défaillance.
Alors, il laissa échapper ce cri de son coeur:
— Vous ne voyez donc pas que je souffre! … Oui, c'est imbécile, je souffre comme un enfant!
Des larmes mouillèrent ses yeux. Un nouveau silence régna. On entendit encore, derrière la porte close, le ronflement adouci de l'inventaire. C'était comme un bruit mourant de triomphe, l'accompagnement se faisait discret, dans cette défaite du maître.
— Si je voulais pourtant! dit-il d'une voix ardente, en lui saisissant les mains.
Elle les lui laissa, ses yeux pâlirent, toute sa force s'en allait.
Une chaleur lui venait des mains tièdes de cet homme, l'emplissait d'une lâcheté délicieuse. Mon Dieu! comme elle l'aimait, et quelle douceur elle aurait goûtée à se pendre à son cou, pour rester sur sa poitrine!