Il paraît que le jugement rendu par la première chambre du tribunal civil est plein de finesses juridiques. Je n'y entends rien.

Est-ce à dire que M. Duverdy n'aurait pas eu à réclamer, si le personnage avait offert un heureux mélange de toutes les vertus unies à tous les héroïsmes? Est-ce à dire que mon crime est d'avoir un Duverdy conseiller à la Cour d'appel, lorsque le vrai Duverdy est avocat à la même Cour? Est-ce à dire enfin que l'auteur de L'Assommoir et de Nana se trouve hors la loi, comme l'a déclaré l'académicien M. Rousse? Autant de points à discuter, car les considérants laissent la porte ouverte à toutes les interprétations imaginables. Sans doute, le tribunal n'a pas voulu chômer de procès.

Des amis me poussent à aller en appel. Ils prétendent qu'on pourrait peut-être y obtenir quelque clarté. Je n'en ferai pourtant rien. Et voici mes raisons:

Je suis trop seul. Il me suffit que l'honorable M. Rousse m'ait dénoncé aux tribunaux comme un écrivain dont la société devrait se débarrasser. Traîné dans la boue par certains adversaires, couvert d'injures par les feuilles de M. Gambetta, qui tâchent d'atteindre par-dessus ma tête la direction politique du Gaulois, j'estime que je serais un grand niais de jouer plus longtemps le rôle d'un don Quichotte littéraire. Je désirais faire régler une question de droit, et l'on a répondu en voulant m'étrangler. C'est bien, j'ai assez de l'expérience pour le moment.

Certes, la question demeure. Je souhaite qu'un romancier agréable au tribunal, M. Sandeau ou M. Feuillet par exemple, la reprenne un de ces jours. Ils restent à cette heure le seul espoir de la littérature contemporaine, traquée par les huissiers.

Cordialement à vous.


Au même.

17 février 1882.

Mon cher Directeur,