Je reçois la lettre ci-jointe, et je m'incline. Remarquez que le signataire, M. Louis Vabre, porte non seulement le nom d'un de mes personnages, mais qu'il en a encore le prénom. Du coup, si je résistais, je craindrais que le tribunal ne me fît jeter dans une basse-fosse.
M. Louis Vabre s'adresse à ma courtoisie. Il a bien tort. Le galant homme en moi ne lui accorde rien. C'est le condamné qui se soumet.
Donc, j'avertis mes lecteurs que les Vabre, dans notre feuilleton, s'appelleront désormais les Sans-Nom. L'illusion y perdra certainement un peu; mais, comme l'a énergiquement jugé le tribunal, périsse la littérature, pourvu que la propriété sacrée du nom patronymique soit respectée!
En vérité, le métier d'écrivain devient bien difficile. On m'apprend qu'il se forme une société d'honorables bourgeois dans le but d'assigner Molière devant le tribunal civil, afin de le forcer à supprimer de ses pièces leurs noms, qu'il a rendus ridicules ou odieux. Ce sont MM. George Dandin, Jourdain, Josse, Guillaume, Dubais, Lépine, Ribaudier, Harpin, Bobinet, Fleurant, Loyal, Robert, etc., etc. Deux dames se joignent même aux plaignants, la comtesse d'Escarbagnas et Mme Pernelle. Molière va, dit-on, confier sa défense à son ami, M. Rousse.
Cordialement à vous.
Au même.
Médan, 21 février 1882.
Mon cher Directeur,
Je trouve ce matin, dans ma correspondance, quatre réclamations nouvelles: trois Josserand et un Mouret, qui me demandent d'effacer leurs noms de Pot-Bouille.