Comme je n'ai pas besoin tout de suite de ces notes, je n'irai pas vous voir avant quelques semaines. Je me permettrai, deux ou trois jours à l'avance, de vous donner un rendez-vous chez vous. Ce sera le plus simple et le plus commode.

Merci encore, dussiez-vous m'en garder rancune.

Cordialement à vous


A Ivan Tourguéneff.

Médan, 25 octobre 1882.

Mon cher ami,

Votre lettre me rend bien heureux, car elle confirme les bonnes nouvelles qu'on m'avait données sur votre santé. Vingt fois, j'ai voulu aller vous voir; puis, la crainte de vous fatiguer, et aussi, il faut bien le dire, la fuite continuelle de la vie, m'ont empêché de réaliser mon projet. Enfin, dès votre réinstallation à Paris, j'irai vous serrer les deux mains et causer avec vous.

L'affaire de Russie me plaît infiniment. Je peux très bien donner une copie de mon manuscrit à l'avance. Seulement, il faut qu'on se presse, car le roman doit paraître dans Le Gil Blas à partir du 10 décembre. Le mieux est de m'envoyer tout de suite la personne; qu'elle prenne le train de 2 heures à la gare Saint-Lazare, qu'elle descende à la station de Villennes où on lui indiquera Médan. Et tout de suite.

Seulement, je vous prie de me dire courrier par courrier quelle est la plus forte somme que je puis demander. Vous connaissez la situation mieux que moi, dites-moi le prix que cela peut valoir.