Mon cher Céard,
Merci de la peine que vous avez prise pour me renseigner sur l'état de Manet. Je l'ai toujours senti très grave, je suis très inquiet.
Vous ne me verrez pas au vernissage. Je n'irai donner un coup d'œil au Salon que le jour de l'ouverture. Nous avons rendez-vous avec les Daudet et les Charpentier. Si vous êtes là, nous nous verrons sans doute.
Rien autre. Nous voilà réinstallés ici. Dès mercredi, j'ai attaqué l'écriture de mon roman. Je tâche de me désintéresser des grands effets, je voudrais le faire bonhomme.—Et, à ce propos, tâchez donc de me savoir quels sont les livres d'études que les étudiants en médecine possèdent, la première année et la seconde.
J'ai oublié d'emporter ce renseignement dont je vais avoir besoin.
Merci à l'avance et bien affectueusement à vous de la part du ménage.
A Frantz Jourdain.
Médan, 18 mai 1882.
Il me faut pourtant vous remercier, cher monsieur, au risque de vous contrarier. Vos notes sont fort claires et me seront d'un grand secours. Seulement, vous avez raison, il est préférable que je cause avec vous. Votre rêve superbe d'un grand bazar moderne ne s'applique pas entièrement à mon magasin[42]. D'abord, mes scènes se passent avant 1870, et je ne puis faire d'anachronisme, sans ameuter toute la critique. Ensuite, je suis forcé de rester davantage dans le déjà fait, le déjà vu. Je vous expliquerai tout cela et, en relisant vos notes ensemble, nous arrêterons le relatif dont j'ai besoin. Ah! quel beau décor je ferais avec votre bazar, si je n'étais tenu par mes scrupules d'historien!