Réfléchissez, vous me remercierez plus tard.
Cordialement à vous.
A Georges Renard[50].
Médan, 10 mai 1884.
Monsieur,
Un ami m'envoie seulement aujourd'hui votre étude sur Le Naturalisme contemporain, et je veux vous dire avec quel intérêt je l'ai lue. C'est certainement la première qui paraisse en France si juste et si logique. Plusieurs dans cet esprit ont été publiées en Autriche, en Allemagne, en Russie, en Italie. Mais, je le répète, chez nous, je n'en connais pas une encore de cette conscience et de cette rigueur de méthode.
Presque partout je suis avec vous. Un seul reproche: vous nous voyez trop enfermés dans le bas, le grossier, le populaire. Personnellement, j'ai au plus deux romans sur le peuple, et j'en ai dix sur la bourgeoisie petite et grande. Vous avez cédé là à la légende, qui nous fait payer certains succès bruyants en ne voyant plus de notre œuvre que ces succès. La vérité est que nous avons abordé tous les mondes, en poursuivant dans chacun, il est vrai, l'étude physiologique.
Maintenant, je n'accepte pas sans réserve votre conclusion. Nous n'avons jamais chassé de l'homme ce que vous appelez l'idéal, et il est inutile de l'y faire rentrer. Puis, je serais plus à l'aise si vous vouliez remplacer ce mot d'idéal, par celui d'hypothèse, qui en est l'équivalent scientifique. Certes, j'attends la réaction fatale, mais je crois qu'elle se fera plus contre notre rhétorique que contre notre formule. C'est le romantisme qui achèvera d'être battu en nous, tandis que le naturalisme se simplifiera et s'apaisera. Ce sera moins une réaction qu'une pacification, qu'un élargissement. Je l'ai toujours annoncé. Peut-être est-ce cela que vous avez voulu dire, mais j'ai été gêné par cet idéal qui arrive à la dernière page, comme le rêve d'un cœur jeune, démentant le jugement porté sur le siècle et la rigueur scientifique de tout le reste.
Merci, Monsieur, du grand plaisir que vous m'avez fait, et veuillez me croire votre confrère dévoué.