16 avril 1884.

... Je crois pouvoir vous promettre que mon prochain roman n'effarouchera pas les dames. Ce sera un pendant à L'Assommoir, mais sans les crudités de ce dernier.

Le roman ne roule pas sur des questions physiologiques, et je crois qu'il n'alarmera pas trop la pudeur des lectrices. Mais je n'ai jamais écrit pour les pensionnats.


A Auguste Barrau[49].

Médan, 18 avril 1884.

Monsieur et cher confrère,

Votre lettre est tombée dans ma réinstallation à la campagne, et je vous prie de m'excuser si je ne vous ai pas répondu plus tôt.

Vous me demandez une préface, et le pis est que j'ai fait serment de n'en écrire aucune, après certaines grosses contrariétés. Soyez donc plus fier! comme le disait le grand Flaubert. Marchez tout seul, au lieu de vous appuyer à l'épaule d'un aîné. Cela n'avance à rien, croyez moi, d'être présenté au public le plus souvent en phrases menteuses. Ayez le courage de ne rien devoir qu'à vous-même, dans votre début.

Et croyez que je parle ici en ami, en homme d'expérience. Si vous ne devez être personne, à quoi bon vous mettre sous mon pavillon? Si vous devez être quelqu'un, pourquoi vous coller dans le dos mon étiquette, qui vous gênerait certainement un jour.