Une vigoureuse poignée de main, et les bonnes amitiés de ma femme.


Au même.

Châteaudun, 6 mai 1886.

Mon cher Céard, après une journée à peu près inutile passée à Chartres, je suis ici depuis hier, et je tiens le coin de terre dont j'ai besoin. C'est une petite vallée à quatre lieues d'ici, dans le canton de Cloyes, entre le Perche et la Beauce, et sur la lisière même de cette dernière. J'y mettrai un petit ruisseau se jetant dans le Loir,—ce qui existe d'ailleurs; j'y aurai tout ce que je désire, de la grande culture et de la petite, un point central bien français, un horizon typique, très caractérisé, une population gaie, sans patois. Enfin le rêve que j'avais fait.—Et je vous l'écris tout de suite, puisque vous vous êtes intéressé à mes recherches.

Je retourne demain à Cloyes, d'où j'irai revoir en détail ma vallée et ma lisière de Beauce. Après-demain, j'ai rendez-vous avec un fermier, à trois lieues d'ici, en pleine Beauce, pour visiter sa ferme. J'aurai là toute la grande culture. Aujourd'hui, je suis resté à Châteaudun, pour assister à un grand marché de bestiaux. Tout cela va me prendre quelques jours, mais je rentrerai avec tous mes documents, prêt à me mettre au travail.

Et voilà. Un temps merveilleux, un pays charmant, je ne parle pas de la Beauce, mais des bords du Loir.

A bientôt, n'est-ce pas? Ma femme vous envoie ses meilleures amitiés, et je vous serre bien affectueusement la main.

Nous serons sans doute à Médan mardi.