Bonne santé à Mme Daudet, un gros succès à vous, mon ami, et nos vives amitiés à vous tous.
Les journaux me renseigneront, épargnez-vous la dépêche, à moins d'une aventure exceptionnelle.
A Henry Céard.
Médan, 23 février 1886.
Mon cher Céard, je n'ai fini L'Œuvre que ce matin. Ce roman, où mes souvenirs et mon cœur ont débordé, a pris une longueur inattendue. Il fera soixante-quinze à quatre-vingts feuilletons du Gil Blas. Mais m'en voici délivré, et je suis bien heureux, très content de la fin, d'ailleurs.
J'ai bien reçu les numéros du National et de La Justice, et je vous remercie. J'ai envoyé une carte à M. Millot. Hein? faut-il peu de chose pour les mettre en branle? On aurait le temps, qu'on pourrait vraiment s'amuser à les exaspérer. Du reste, cette affaire d'Amérique s'annonce comme très intéressante. Je prépare d'autres coups.
Nous ne rentrerons pas à Paris avant le 10 mars. J'ai ici à surveiller encore des ouvriers, et je désirerais d'autre part en finir avec les épreuves de L'Œuvre, pendant que je suis tranquille. Puis, j'avoue que, en dehors de mes quelques amis, Paris me tente peu, d'autant plus que je n'ai pas, cette fois, de notes à y prendre. Me voilà déjà mordu par mon roman sur les paysans[57]. Il me travaille, je vais me mettre tout de suite à la chasse aux notes et au plan. Je veux m'y donner tout entier.
Et vous, mon vieil ami, vous me paraissez morose, malgré le gain de votre procès. Pourquoi donc ne vous donnez-vous pas à une œuvre? Je vous assure que, dans le néant de tout, c'est encore l'inutilité la plus passionnante.
Enfin, à bientôt, et nous recauserons de ça. C'est un crime, avec vos facultés, de vous soustraire comme vous le faites. Nous vous le disons tous. Il faudra finir par nous écouter.