Merci mille fois, mon bon ami. J'ai reçu ce matin les petits croquis, et grâce à vous, j'ai même de quoi choisir. Ces documents sont plus que suffisants.
Vous avez bien fait de rejeter les armes si compliquées de Venise, qui eussent été inexécutables ici. Du reste, Cameroni, à qui j'avais écrit en même temps qu'à vous, m'a envoyé le lion ailé de Saint-Marc sur azur, d'un très joli effet. Voilà qui complète le tout.
Maintenant, vous seriez bien aimable de me dire comment je pourrais reconnaître l'obligeance de votre collègue à Carnavalet, qui a dessiné les croquis. Puis-je lui envoyer un de mes livres, quand j'irai à Paris, ou quoi?
Rien de nouveau. Je travaille, je surveille mes ouvriers, et c'est tout.
Bien affectueusement.
A J. van Santen Kolff.
(FRAGMENT)
Juin 1886.
... Je travaille encore au plan de mon prochain roman La Terre, je ne me mettrai à écrire que dans une quinzaine de jours; et ce roman m'épouvante moi-même, car il sera un des plus chargés de matière, dans sa simplicité. J'y veux faire tenir tous nos paysans avec leur histoire, leurs mœurs, leur rôle; j'y veux poser la question sociale de la propriété; j'y veux montrer où nous allons, dans cette crise de l'agriculture, si grave en ce moment. Toutes les fois maintenant que j'entreprends une étude, je me heurte au socialisme. Je voudrais faire pour le paysan, avec La Terre, ce que j'ai fait pour l'ouvrier avec Germinal.—Ajoutez que j'entends rester artiste, écrivain, écrire le poème vivant de la terre: les saisons, les travaux des champs, les gens, les bêtes, la campagne entière.—Et voilà tout ce que je puis vous dire, car il me faudrait autrement entrer dans des explications qui dépasseraient mon courage. Dites que j'ai l'ambition démesurée de faire tenir toute la vie du paysan dans mon livre, travaux, amours, politique, religion, passé, présent, avenir; et vous serez dans le vrai. Mais aurai-je la force de remuer un si gros morceau? En tout cas, je vais le tenter...