Au même.

(FRAGMENT)

Le 19 juillet 1886.

... Je suis en plein travail, pour mon roman La Terre. Mais c'est une besogne terrible, je ne compte pas être prêt avant mars, et je doute que je publie cette fois l'œuvre en feuilletons. Pourtant, rien n'est décidé. Je ne suis pas mécontent des quelques chapitres faits, seulement le sujet me déborde; il est si vaste! Car j'y veux faire tenir toute la question rurale en France: mœurs, passions, religion, politique, patrie, etc., etc. Enfin, je ne puis que me donner tout entier, et c'est ce que je fais; le reste est hors de ma puissance...


A Antoine Guillemet.

Médan, 22 août 1886.

Qu'êtes-vous allé faire à Cayeux, mon pauvre ami? Je savais par Huysmans, qui y est allé, quel désert de sable c'était. Et votre femme qui vous arrive malade dans ce pays du spleen! Votre lettre nous a désolés. Mais nous espérons bien que vos ennuis vont finir, que votre femme se remettra, et que vous rentrerez à Moret, où vous aurez des arbres, au moins.

Nous, nous n'avons pas encore quitté Médan, et il est peu croyable que nous le quittions cette année, à moins que nous n'allions prochainement passer huit jours à Saint-Palais, près de Royan, où se trouvent les Charpentier. Nous avons eu des ouvriers, et nous en avons encore pour une salle que j'ai fait construire. Puis, j'ai mon roman terrible qui me cloue,—un livre qui me donnera bien du mal et qui m'empêchera de rentrer à Paris avant mars peut-être. Vous savez que je ne suis jamais content quand je travaille. Enfin, pourvu que je ne dégringole pas trop vite, c'est tout ce que je demande. Au demeurant, nous sommes bien ici, ma femme ne va pas trop mal, et il ne faut pas demander davantage.