A J. van Santen Kolff.

(FRAGMENTS)

5 mars 1888.


Même hésitation de mes souvenirs, au sujet de votre question sur Nana. C'est peut-être céder un peu trop au symbole en disant que le corps pourri de Nana est la France agonisante du second empire. Mais, évidemment, j'ai dû vouloir quelque chose d'approchant.


Combien je vous remercie de la traduction si intéressante que vous m'envoyez! M. Alberdingk Thym m'a écrit dernièrement, en m'envoyant son étude. Mais, dans mon ignorance du hollandais, je ne me doutais guère des éloges hyperboliques que contenait cet article. Vous vous doutez bien que je ne les accepte pas tous. J'en suis pourtant profondément touché, car je sens cette exaltation sincère. Vous ne pouviez me causer une plus grande joie qu'en me traduisant ces pages si débordantes de sympathie. Merci, merci encore! Il est si doux de se savoir des amis, lorsqu'on sent autour de soi tant d'adversaires!


On m'a souvent reproché de ne pas tenir compte de l'au-delà, et c'est pourquoi j'ai voulu faire la part du rêve dans ma série des Rougon-Macquart. Depuis des années, j'avais le projet de donner un pendant à La Faute de l'abbé Mouret, pour que ce livre ne se trouvât pas isolé dans la série. Une case était réservée pour une étude de l'au-delà. Tout cela marche de front, dans ma tête, et il m'est difficile de préciser des époques. Les idées restent vagues, jusqu'à la minute de l'exécution. Mais soyez certain que rien n'est imprévu. Le Rêve est arrivé à son heure, comme les autres épisodes.