A Coste.
Paris, 1er avril 1888.
Mon cher ami,
Vous ne donnez plus signe de vie, et pour vous réveiller, j'ai de nouveau recours à votre obligeance. Voici de quoi il s'agit.
A Médan, dans ma grande salle, contre un mur, je vais faire une panoplie d'instruments de musique. Mais il me manque une pièce importante, pour le milieu, et je désire vivement trouver un tambourin. Ici, mes recherches ont été vaines. Tâchez donc, à Aix ou à Marseille, de me procurer ce tambourin. Je le préférerais ancien: il y en a du xviiie siècle, avec de fines sculptures et une patine très belle. Mais si vous n'en trouvez pas chez les brocanteurs, voyez à m'en avoir un neuf très joli alors, tout ce qu'on fait de mieux, sans oublier la baguette et le galoubet. Faites-moi connaître le prix demandé et par retour du courrier je vous donnerai l'ordre d'achat.—Encore un coup, un tambourin ancien me plairait davantage. Je vous donne jusqu'au 25 de ce mois pour me trouver ça.—Merci, merci, et merci.
Ici, je suis dans une bousculade terrible. Germinal passera dans trois semaines et les répétitions sont très laborieuses. D'autre part, Le Rêve, mon prochain roman, commence à paraître dans La Revue illustrée.—J'aspire vivement à la fin du mois, époque où il me sera enfin permis d'aller me cloîtrer à Médan, pour travailler un peu tranquille.
Je sais que vous plongez à fond dans la politique, et je ne vous envie pas. Mais vous travaillez, vous luttez, et c'est vivre. Vous nous manquez beaucoup ici, il faudra bien un jour que vous veniez reprendre votre place.
Affectueusement.