Mon cher confrère,
Enfin me voici un peu libre, et j'en profite pour vous remercier des bonnes nouvelles littéraires que vous m'avez envoyées. Je suis toujours très heureux de tout ce que vous écrivez sur moi, de cet amas de documents intéressants qui s'augmente sans cesse. Et, cette fois, l'article du journal socialiste En Avant m'a également fait grand plaisir. Je me suis en effet servi de la «quintessence du socialisme». Mais je ne connaissais en aucune façon l'existence de Charles Hoechberg, et il n'y a qu'une rencontre avec mon Sigismond. Les faits de cette nature se renouvellent à chacun de mes romans et me stupéfient toujours. Enfin, vous m'avez causé la plus grande joie, en me traduisant les deux pages d'Hamerling. Ce sont là des choses qui n'ont pas encore été écrites sur moi en France. Il faut tout un recul et tout un désintéressement pour juger ainsi les contemporains. Merci mille fois.
Et il me reste à vous remercier de votre grande sympathie. Je suis bien heureux de me sentir des amis à l'étranger, ce qui compense un peu mes ennemis de France.
Bien cordialement à vous.
A Clément-Janin[64].
Paris, 27 mai 1891.
Monsieur,
Je suis extrêmement touché et flatté de votre offre. Mais je suis trop écrasé de besogne, mes travaux littéraires m'empêchent de l'accepter. Le mandat de député est l'un des plus lourds que je connaisse, lorsqu'on ne veut pas être un député fainéant; et, comme je suis un homme de conscience et de travail, je préfère avant tout achever mon œuvre.
Veuillez dire à vos amis que je ne leur en suis pas moins très reconnaissant d'avoir bien voulu songer à moi et que je les prie d'agréer, ainsi que vous, Monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus cordiaux et les plus dévoués.