Votre lettre m'intéresse, et je vous remercie de me l'avoir écrite. Il est très certain que Bernadette[71] était une enfantine, une demi-idiote, si vous voulez: je crois l'avoir dit sur tous les tons. Mais je vous en prie, au nom du bon sens lui-même, ne croyez pas à cette imbécile histoire de la belle Mme Pail ..., qui me ferait prendre en haine les Homais libres penseurs qui ont dû l'inventer. Il suffit d'avoir un peu étudié les faits pour la mettre à néant. On me lit bien mal si, après m'avoir lu, on a encore besoin de Mme P... pour expliquer les dix-huit apparitions du rocher de Massabielle. Je me suis efforcé de tout ramener à la simple vérité humaine.
Merci encore de votre lettre, Monsieur, et veuillez me croire votre cordial et dévoué.
A Arthur Meyer.
Médan, 28 septembre 1894.
Cher monsieur Meyer,
Il est inutile que je réponde à M. Henri Lasserre. Nous n'avons pas le crâne fait de même, nous parlons une autre langue et nous ne nous entendrions jamais. Puis, je veux rester courtois avec lui, ce qu'il a été avec moi et ce qu'il n'est plus.
Mais, de sa lettre même, il est désormais établi qu'il n'a pas eu communication des documents administratifs, et que l'historien qui viendra un jour devra les consulter, pour écrire l'histoire humaine et définitive de Bernadette.
Il est établi également qu'il a existé à Bartrès un abbé Ader; que cet abbé Ader a été le premier guide spirituel de Bernadette, qu'il l'a eue à ses leçons de catéchisme, qu'il a enfin prédit ses visions—ce qui donne lieu aux suppositions les plus graves—et que M. Henri Lasserre n'a même pas nommé cet abbé Ader. Il y a donc là, dans son livre, une lacune inexplicable qui en infirme toute l'autorité.
Quant à mes trente années de travail, je les porte très fièrement. J'ai voulu la vérité autant que M. Henri Lasserre, et je l'ai faite de toutes les forces de mon cœur et de mon intelligence.