Paris, 5 juin 1901.

Cher monsieur Labusquière,

J'ai à vous remercier de la grande joie et du grand honneur que vous m'avez faits en acceptant de présider le banquet par lequel les disciples de Fourier et les associations ouvrières ont bien voulu fêter la publication de mon roman Travail.

Si je ne suis pas à votre côté, c'est qu'il m'a semblé plus modeste et plus logique que l'homme ne fût pas là. Ce n'est pas moi qui importe, ce n'est pas même mon œuvre: ce que vous fêtez, c'est l'effort vers plus de justice, c'est le bon combat pour le bonheur humain: et je suis avec vous tous. Ne suffit-il pas que ma pensée soit la vôtre?

Nos espoirs sont grands, l'avenir est le domaine du rêve. Mais, dès aujourd'hui, il est un fait certain, que tout indique et démontre: c'est que la société future est dans la réorganisation du travail, et que de cette réorganisation seule viendra enfin une juste répartition de la richesse. Fourier a été l'annonciateur génial de cette vérité. Je n'ai fait que la reprendre, et peu importe la route, la future Cité de paix est au bout.

A ce moment même, en nos temps si amers et si troubles, les associations ouvrières qui se créent et fonctionnent sont l'embryon de cette Cité future. Par les coopératives de production et de consommation, nous nous acheminons un peu plus chaque jour vers le peuple de frères dont on plaisante. Il faut laisser rire, l'évolution est sans cesse en marche; la solidarité n'est pas que le vœu des braves gens, elle est aussi une force de la nature, comme l'attraction, et elle agira de plus en plus, et elle finira par grouper l'humanité entière en une seule et même famille.

Merci encore, cher monsieur Labusquière, et bien fraternellement avec vous et avec tous nos amis.


A Seménoff.

Médan, 6 août 1901.