Merci, mon cher Seménoff, de la lettre que vous m'écrivez, à propos de la mort de ce cher Alexis. J'y retrouve tout votre cœur. J'ai, en effet, eu un gros chagrin, car c'est encore un peu de ma vie d'autrefois qui s'en va. Peu à peu, je reste seul de notre groupe littéraire.

Il faut vous bien soigner, pour nous revenir vaillant, cet hiver. Vous aussi, vous êtes un fidèle; notre défenseur dans cette grande Russie, qui ne demande qu'à savoir et à se libérer. Enfin, il faut avoir bon espoir: la liberté marche.

Les photographies sont un peu grises. Je vais tâcher d'en tirer des épreuves passables, et je vous les donnerai, lors de ma rentrée. Jusque-là, je vais avancer le plus possible mon nouveau roman.

Présentez nos vives amitiés à Mme Seménoff et à tous les vôtres, et bien affectueusement à vous.


A F. Chastanet.

Paris, 27 novembre 1901.

Cher monsieur Chastanet, je viens de recevoir Les Personnages des Rougon-Macquart, que vous m'avez envoyés, et je tiens à vous remercier encore, à vous dire combien je trouve votre travail remarquable. Je ne parle pas seulement de la patience et du soin que vous avez mis à lire et à dépouiller les vingt volumes. Ce qui me frappe plus encore, c'est la profonde intelligence que vous avez eue de mon œuvre; c'est le choix vivant que vous avez fait des phrases qui caractérisent chaque personnage. Certainement jamais rien de semblable n'a été réalisé, car il ne s'agit pas d'un sec dictionnaire; vous évoquez tous mes romans, vous rendez la vie à tous les êtres qui les peuplent.

Vous venez de me donner la joie littéraire la plus profonde que j'aie jamais éprouvée: celle de me retrouver tout entier dans ce volume qui résume et qui classe le petit peuple que je me suis efforcé de créer. Et je vous en suis infiniment reconnaissant.

Veuillez me croire votre bien amical et bien dévoué.