Mon cher ami,

Vous avez dû agir avec sagesse, je n'en doute pas. Seulement, je vous l'avoue, je regrette l'expérience: nous avons tant besoin de prouver que nous avons raison!

Maintenant, pourquoi diable confier votre manuscrit à Péragallo! Est-ce que vous n'étiez pas assez grand garçon pour le porter vous-même à Montigny. Justement, vous aviez une bonne entrée: puisqu'il vous avait refusé Lesueur, vous pouviez lui dire que vous veniez chercher Lesueur chez lui. Enfin, il doit y avoir là des détails que je ne connais pas. Je suis bien curieux de connaître l'aventure tout au long. Vous me la conterez dimanche.

Je suis triste, je ne vous le cache pas. Moi battu, vous mis dans l'impossibilité de me venger, voilà un mauvais hiver.

A vous de tout cœur.


A Marius Roux.

Saint-Aubin, 5 août 1875.

Mon cher ami,

Voyage un peu fatigant, mais excellent en somme. Ma maison, dont on plaisantait, a été trouvée très bien; l'installation est plus que modeste, les portes ferment médiocrement et les meubles sont primitifs. Mais la vue est superbe,—la mer, toujours la mer! Il souffle ici un vent de tempête qui pousse les vagues à quelques mètres de notre porte. Rien de plus grandiose, la nuit surtout. C'est tout autre chose que la Méditerranée, c'est à la fois très laid et très grand. Je garde ma première impression.