Quant aux nouvelles, elles sont maigres. J'ai vu Alexis, ces jours derniers; le Gymnase lui a définitivement reçu un petit acte. Céard et Huysmans m'ont écrit; ils paraissent travailler tous les deux. Et rien autre. Ici, nous prenons des bains, nous mangeons des fruits superbes, et nous attendons qu'il fasse moins chaud pour pousser des pointes dans les terres. Un pays superbe, vraiment; s'il y pleuvait plus souvent, ce serait un paradis.

Vous savez qu'on tire un drame en cinq actes et douze tableaux de L'Assommoir. J'ai travaillé fortement au plan; mais n'en dites rien, je ne veux pas que cela se sache. Je vous donnerai des détails à Paris. Je crois que la pièce marchera, et fera un bruit de tous les diables. Nous avons tout mis, les scènes les plus audacieuses du roman.—Ce travail sur L'Assommoir m'a donné une fièvre théâtrale, que je ne puis contenter, hélas! car il faut que je reste dans mon roman jusqu'au cou. Et pourtant il faudra bien que nous nous occupions du théâtre; c'est là que nous devrons un jour frapper le coup décisif.

Vous travaillez beaucoup, et vous avez raison. La volonté mène à tout. Il faut que vous lanciez cet hiver un roman chez Charpentier. Ce n'est qu'à des œuvres que nous nous affirmerons; les œuvres ferment la bouche des impuissants et décident seules des grands mouvements littéraires. Savoir où l'on veut aller, c'est très bien; mais il faut encore montrer qu'on y va. D'ailleurs, vous êtes un vaillant, vous; je ne suis pas en peine.

Je vous serre bien cordialement les deux mains.


A Théodore Duret.

L'Estaque, 2 septembre 1877.

Mon cher ami,

Vous m'avez fait le plus grand plaisir, en m'écrivant et en me donnant quelques nouvelles. Nous sommes ici dans un pays superbe, mais singulièrement perdu. Depuis trois mois, je ne sais ce que devient le petit monde au milieu duquel je vis d'habitude. Les journaux m'ennuient plus qu'ils ne me renseignent. Et voilà pourquoi une lettre de Paris est toujours la bienvenue.

Vous ne sauriez croire quelle sage existence de cénobite je mène! J'ai défendu à mes amis de révéler le lieu de ma retraite, et je passe des semaines sans voir personne. Le malheur est que les journaux de Marseille ont fini par parler. J'ai dû essuyer quelques visites dans ces derniers temps.