Mon bon ami,

J'ai reçu vos deux lettres qui m'ont beaucoup tranquillisé. J'avais eu une folle idée que je dois vous confesser, pour me punir: je craignais de vous avoir fâché par quelques feuilletons où j'ai soutenu des idées que je sais ne pas être les vôtres. C'était stupide de ma part, mais que voulez-vous? j'étais inquiet.

Je vais retourner à Paris» j'attends que ces abominables élections soient terminées. Allons-nous avoir quelque tranquillité? Je crains que non. Et nous en aurions cependant bien besoin pour nos bouquins.

Ce sont deux braves garçons, Busnach et Gastineau, qui signeront L'Assommoir au théâtre. Mais, entre nous, je dois vous dire que j'ai beaucoup travaillé à la pièce, bien que j'aie mis comme condition formelle que je resterai dans la coulisse. J'ajoute que la pièce m'inspire aujourd'hui une grande confiance. Les douze tableaux me paraissent très réussis et je crois à un succès. Quant au Bouton de rose, je crois fort que je vais le mettre sous clef, dans un tiroir. Décidément, ce n'est pas trop bon.

Avez-vous lu la façon dont Le Bien public annonce mon nouveau roman? Ont-ils un style, ces gaillards-là! Mais la réclame m'a paru bonne, du moment où elle dit qu'on pourra laisser mon roman sur la table de famille.

Piochez dur, et au jour de l'an, mon bon ami. Nous aurons encore de beaux dimanches, malgré tous ces braillards de la politique.

Bien affectueusement à vous.


A Henry Céard.

Paris, 30 mars 1878.