Émile Zola.


LXVIII

Paris, 25 décembre 1872.

Mon cher Roux.

Le petit Noël m'a apporté hier une andouillette de Vire comme on en voit peu, et j'ai embrassé le petit Noël. Je te remercie de ton cadeau, il est charmant, et me touche beaucoup. Tu m'en avais parlé; mais c'était si loin, qu'il m'a semblé le recevoir une seconde fois. Merci encore.

Je voulais d'ailleurs t'écrire pour te demander des nouvelles de ta revue; si tu as du temps à perdre, jette-moi un mot à la poste; cela me fera plaisir. Il est vrai que je te reverrai bientôt.

Je regrette que tu ne te sois pas trouvé ici ces jours derniers. L'interdiction du Corsaire a fait un bruit énorme. Les journaux, à court de copie au moment des vacances, se sont jetés sur mon article. J'y perds quelque argent, mais j'y gagne un terrible tapage. Charpentier fait faire des affiches. Moi, je suis en train d'écrire une brochure, une réponse ou plutôt une défense; j'attendrai lundi ou mardi pour la lancer, afin de ne pas trop paraître taper sur la grosse caisse; c'est moins une affaire d'argent que de précaution pour l'avenir.

Il y a quelques articles très curieux. Je n'ai pu malheureusement les collectionner, parce qu'il aurait fallu acheter tous les journaux pendant trois jours. Mais j'en ai pourtant mis de côté quelques-uns qui t'amuseront.

J'ai ce soir à dîner Béliard, Philippe et Alexis[9]. Hier, jour de réveillon, j'ai porté un toast à la réussite de ta revue. Puis nous sommes allés à la messe de minuit à la Trinité. C'est très pauvre, et pas solennel du tout. Au demeurant, il fait beau et Paris paraît très réjoui.