Je te serre la main. Courage!
Ton ami,
Émile Zola.
Décidément, Paul reste à Paris jusqu'au mois de septembre; mais est-ce là sa dernière décision; j'ai pourtant l'espérance qu'il n'en changera pas.
XXVI
Paris, 18 septembre 1862.
Mes amis,
Le soleil luit, et je suis enfermé. Je regarde depuis une heure des maçons qui travaillent en face de ma fenêtre; ils vont, viennent, montent, descendent et paraissent très heureux. Moi, je suis assis; je compte les minutes qui me séparent encore de six heures. Ah! maudite tristesse! c'est là le refrain de toutes mes chansons.
J'ai commencé, pour mon très grand souci, un poème sur Jeanne d'Arc. Jamais sujet ne m'a présenté pareille difficulté; d'autant plus que je l'ai pris sous un point de vue qui exclue les banalités ordinaires. Je veux créer une Jeanne simple et parlant comme doit parler une jeune fille; point de grands mots, de points d'exclamation, de lyrisme plus ou moins à sa place; un récit grand dans sa simplicité, un vers sobre et disant nettement ce qu'il veut dire. Ce n'est pas là une petite ambition, plus je vais et plus Molière devient mon maître; le soleil, la lune, les fleurs, etc., c'est fort beau, mais une pensée vraie dite sans emphase a bien son mérite. Je crois décidément que je tourne au vers comique; je travaillerai sans doute pour le théâtre, mais je ne veux rien écrire pour la scène avant vingt-huit ou trente ans. Jusque-là, achevons de nous dégoûter des épithètes oiseuses, des tirades à effet, des antithèses hurlant dans leur accouplement. Faisons des poèmes lyriques, en attendant mieux.