Il se baissait déjà pour prendre une poignée de la malle. C'était une petite malle de bois, garantie par des coins et des bandes de tôle; elle paraissait avoir été réparée, sur un des flancs, à l'aide d'une traverse de sapin. Mouret resta surpris, cherchant des yeux les autres bagages du prêtre; mais il n'aperçut qu'un grand panier, que la dame âgée tenait à deux mains, devant ses jupes, s'entêtant, malgré la fatigue, à ne pas le poser à terre. Sous le couvercle soulevé, parmi des paquets de linge, passaient le coin d'un peigne enveloppé dans du papier, et le cou d'un litre mal bouché.
—Non, non, laissez cela, dit Mouret en poussant légèrement la malle du pied. Elle ne doit pas être lourde; Rose la montera bien toute seule.
Il n'eut sans doute pas conscience du secret dédain qui perçait dans ses paroles. La dame âgée le regarda fixement de ses yeux noirs; puis, elle revint à la salle à manger, à la table servie, qu'elle examinait depuis qu'elle était là. Elle passait d'un objet à l'autre, les lèvres pincées. Elle n'avait pas prononcé une parole. Cependant, l'abbé Faujas consentit à laisser la malle. Dans la poussière jaune du soleil qui entrait par la porte du jardin, sa soutane râpée semblait toute rouge; des reprises en brodaient les bords; elle était très-propre, mais si mince, si lamentable, que Marthe, restée assise jusque-là avec une sorte de réserve inquiète, se leva à son tour. L'abbé, qui n'avait jeté sur elle qu'un coup d'oeil rapide, aussitôt détourné, la vit quitter sa chaise, bien qu'il ne parût nullement la regarder.
—Je vous en prie, répéta-t-il, ne vous dérangez pas; nous serions désolés de troubler votre dîner.
—Eh bien! c'est cela, dit Mouret qui avait faim. Rose va vous conduire. Demandez-lui tout ce dont vous aurez besoin…. Installez-vous, installez-vous à votre aise.
L'abbé Faujas, après avoir salué, se dirigeait déjà vers l'escalier, lorsque Marthe s'approcha de son mari, en murmurant:
—Mais, mon ami, tu ne songes pas….
—Quoi donc? demanda-t-il, voyant qu'elle hésitait.
—Les fruits, tu sais bien.
—Ah! diantre! c'est vrai, il y a les fruits, dit-il d'un ton consterné. Et, comme l'abbé Faujas revenait, l'interrogeant du regard: