—Je suis vraiment bien contrarié, monsieur, reprit-il. Le père Bourrette est sûrement un digne homme, seulement il est fâcheux que vous l'ayez chargé de votre affaire…. Il n'a pas pour deux liards de tête…. Si nous avions su, nous aurions tout préparé. Au lieu que nous voilà maintenant avec un déménagement à faire…. Vous comprenez, nous utilisions les chambres. Il y a là-haut, sur le plancher, toute notre récolte de fruits, des figues, des pommes, du raisin….
Le prêtre l'écoutait avec une surprise que sa grande politesse ne réussissait plus à cacher. —Oh! mais ça ne sera pas long, continua Mouret. En dix minutes, si vous voulez bien prendre la peine d'attendre, Rose va débarrasser vos chambres.
Une vive inquiétude grandissait sur le visage terreux de l'abbé.
—Le logement est meublé, n'est-ce pas? demanda-t-il.
—Du tout, il n'y a pas un meuble; nous ne l'avons jamais habité.
Alors, le prêtre perdit son calme; une lueur passa dans ses yeux gris.
Il s'écria avec une violence contenue:
—Comment! mais j'avais formellement recommandé dans ma lettre de louer un logement meublé. Je ne pouvais pas apporter des meubles dans ma malle, bien sûr.
—Hein! qu'est-ce que je disais? cria Mouret d'un ton plus haut. Ce Bourrette est incroyable…. Il est venu, monsieur, et il a vu certainement les pommes, puisqu'il en a même pris une dans la main, en déclarant qu'il avait rarement admiré une aussi belle pomme. Il a dit que tout lui semblait très-bien, que c'était ça qu'il fallait, et qu'il louait.
L'abbé Faujas n'écoutait plus; tout un flot de colère était monté à ses joues. Il se tourna, il balbutia, d'une voix anxieuse:
—Mère, vous entendez? il n'y a pas de meubles.