—Si vous voulez, dit-elle au prêtre en le prenant à l'écart, je vous donnerai une note écrite sous la dictée du grand vicaire. Il y est question de vous. Ce sont, je crois, de vilaines histoires qu'il cherchait à faire imprimer dans la Gazette de Plassans.

—Comment cette note est-elle entre vos mains? demanda l'abbé.

—Elle y est, cela suffit, répondit-elle sans se déconcerter.

Puis, se mettant à sourire:

—Je l'ai trouvée, reprit-elle. Et je me rappelle maintenant qu'il y a, au-dessus d'une rature, deux ou trois mots ajoutés de la main même du grand vicaire…. Je confierai tout cela à votre honneur, n'est-ce pas? Nous sommes de braves gens, nous désirons ne pas être compromis.

Avant d'apporter la note, pendant trois jours, elle feignit d'avoir des scrupules. Il fallut que madame de Condamin lui jurât en particulier que la mise à la retraite de M. Rastoil serait demandée prochainement, de façon à ce que M. Paloque pût enfin hériter de la présidence. Alors, elle livra le papier. L'abbé Faujas ne voulut pas le garder; il le porta à madame Rougon, en la chargeant d'en faire usage, tout en restant elle-même dans l'ombre, si le grand vicaire paraissait se mêler le moins du monde des élections.

Madame de Condamin laissa aussi entrevoir à M. Maffre que l'empereur songeait à le décorer, et promit formellement au docteur Porquier de trouver une place possible pour son garnement de fils. Elle était surtout exquise d'obligeance dans les jardins, aux réunions intimes de l'après-midi. L'été tirait sur sa fin; elle arrivait avec des toilettes légères, un peu frissonnante, risquant des rhumes pour montrer ses bras et vaincre les derniers scrupules de la société Rastoil. Ce fut réellement sous la tonnelle des Mouret que l'élection se décida.

—Eh, bien, monsieur le sous-préfet, dit l'abbé Faujas en souriant, un jour que les deux sociétés étaient réunies, voici la grande bataille qui approche.

On en était venu à rire en petit comité des luttes politiques. On se serrait la main, sur le derrière des maisons, dans les jardins, tout en se dévorant, sur les façades. Madame de Condamin jeta un vif regard à M. Péqueur des Saulaies, qui s'inclina avec sa correction accoutumée, en récitant tout d'une haleine:

—Je resterai sous ma tente, monsieur le curé. J'ai été assez heureux pour faire entendre à Son Excellence que le gouvernement devait s'abstenir, dans l'intérêt immédiat de Plassans. Il n'y aura pas de candidat officiel.