M. de Bourdeu devint pâle. Ses paupières battaient, ses mains avaient un tressaillement de joie.
—Il n'y aura pas de candidat officiel! répéta M. Rastoil, très-remué par cette nouvelle inattendue, sortant de la réserve où il s'était tenu jusque-là.
—Non, reprit M. Péqueur des Saulaies, la ville compte assez d'hommes honorables et elle est assez grande fille pour faire elle-même le choix de son représentant.
Il s'était légèrement incliné du côté de M. de Bourdeu, qui se leva, en balbutiant:
—Sans doute, sans doute.
Cependant, l'abbé Surin avait organisé une partie de «torchon brûlé». Les demoiselles Rastoil, les fils Maffre, Séverin, étaient justement en train de chercher le torchon, le mouchoir même de l'abbé, roulé en tampon, qu'il venait de cacher. Toute la jeunesse tournait autour du groupe des personnes graves, tandis que le prêtre, de sa voix de fausset, criait:
—Il brûle! il brûle!
Ce fut Angélique qui trouva le torchon, dans la poche béante du docteur Porquier, où l'abbé Surin l'avait adroitement glissé. On rit beaucoup, on regarda le choix de celle cachette comme une plaisanterie très-ingénieuse.
—Bourdeu a des chances maintenant, dit M. Rastoil en prenant l'abbé Faujas à part. C'est très-fâcheux. Je ne puis lui dire cela, mais nous ne voterons pas pour lui; il est trop compromis comme orléaniste.
—Voyez donc votre fils Séverin, s'écria madame de Condamin, qui vint se jeter au travers de la conversation. Quel grand enfant! il avait mis le mouchoir sous le chapeau de l'abbé Bourrette.