Puis, elle baissa la voix.

—A propos, je vous félicite, monsieur Rastoil. J'ai reçu une lettre de Paris, où l'on m'assure avoir vu le nom de votre fils sur une liste du garde des sceaux; il sera, je crois, nommé substitut à Faverolles.

Le président s'inclina, le sang au visage. Le ministère ne lui avait jamais pardonné l'élection du marquis de Lagrifoul. C'était depuis ce temps que, par une sorte de fatalité, il n'avait pu ni caser son fils, ni marier ses filles. Il ne se plaignait pas, mais il avait des pincements de lèvres qui en disaient long.

—Je vous faisais donc remarquer, reprit-il, pour cacher son émotion, que Bourdeu est dangereux; d'autre part, il n'est pas de Plassans, il ne connaît pas nos besoins. Autant vaudrait-il réélire le marquis.

—Si monsieur de Bourdeu maintient sa candidature, déclara l'abbé Faujas, les républicains réuniront une minorité imposante, ce qui sera du plus détestable effet.

Madame de Condamin souriait. Elle prétendit ne rien entendre à la politique; elle se sauva, tandis que l'abbé emmenait le président jusqu'au fond de la tonnelle, où il continua l'entretien à voix basse. Quand ils revinrent à petits pas, M. Rastoil répondait:

—Vous avez raison, ce serait un candidat convenable; il n'est d'aucun parti, l'entente se ferait sur son nom…. Je n'aime pas plus que vous l'empire, n'est-ce pas? Mais cela finit par devenir puéril d'envoyer à la Chambre des députés qui n'ont pour mandat que de taquiner le gouvernement. Plassans souffre; il lui faut un homme d'affaires, un enfant du pays en situation de défendre ses intérêts.

—Il brûle! il brûle! criait la voix fluette d'Aurélie.

L'abbé Surin qui conduisait la bande, traversa la tonnelle en furetant.

—Dans l'eau! dans l'eau! répétait maintenant la demoiselle, égayée par l'inutilité des recherches.