—C'est un homme du plus grand mérite, déclarait M. Péqueur des Saulaies, qui comptait sur une préfecture. —Un homme bien remarquable, répétait le docteur Porquier.
Tous hochaient la tête. M. de Condamin, que ce concert d'éloges finissait par agacer, se donnait parfois la joie de les mettre dans l'embarras.
—Il n'a pas un bon caractère, en tout cas, murmurait-il. Cette phrase glaçait la société. Chacun de ces messieurs soupçonnait son voisin d'être vendu au terrible abbé.
—Le grand vicaire a le coeur excellent, hasardait M. Rastoil prudemment; seulement, comme tous les grands esprits, il est peut-être d'un abord un peu sévère.
—C'est absolument comme moi, je suis très-facile à vivre et j'ai toujours passé pour un homme dur, s'écriait M. de Bourdeu, réconcilié avec la société depuis qu'il avait eu un long entretien particulier avec l'abbé Faujas.
Et, voulant remettre tout le monde à son aise, le président reprenait:
—Savez-vous qu'il est question d'un évêché pour le grand vicaire?
Alors, c'était un épanouissement. M. Maffre comptait bien que ce serait à Plassans même que l'abbé Faujas deviendrait évêque, après le départ de monseigneur Rousselot, dont la santé était chancelante.
—-Chacun y gagnerait, disait naïvement l'abbé Bourrette. La maladie a aigri monseigneur, et je sais que notre excellent Faujas fait les plus grands efforts pour détruire dans son esprit certaines préventions injustes.
—Il vous aime beaucoup, assurait le juge Paloque, qui venait d'être décoré; ma femme l'a entendu se plaindre de l'oubli dans lequel on vous laisse.