—Allons, dit-il en souriant, vous êtes un homme tenace, cher monsieur Faujas. Puisque je vous ai fait une promesse, je la tiendrai…. Il y a six mois, je l'avoue, j'aurais eu peur de soulever tout Plassans contre moi; mais vous avez su vous faire aimer, les dames de la ville me parlent souvent de vous avec de grands éloges. En vous donnant la cure de Saint-Saturnin, je paye la dette de l'oeuvre de la Vierge.

L'évêque avait retrouvé son amabilité enjouée, ses manières exquises de prélat charmant. L'abbé Surin, à ce moment, passa sa jolie tête dans l'entre-bâillement de la porte.

—Non, mon enfant, dit l'évêque, je ne vous dicterai pas cette lettre…. Je n'ai plus besoin de vous. Vous pouvez vous retirer.

—Monsieur l'abbé Fenil est là, murmura le jeune prêtre.

—Ah! bien, qu'il attende.

Monseigneur Rousselot avait eu un léger tressaillement, mais il fit un geste de décision presque plaisant, il regarda l'abbé Faujas d'un air d'intelligence.

—Tenez, sortez par ici, lui dit-il en ouvrant une porte cachée sous une portière.

Il l'arrêta sur le seuil, il continua à le regarder en riant.

—Fenil va être furieux…. Vous me promettez de me défendre contre lui, s'il crie trop fort? Je vous le mets sur les bras, je vous en avertis. Je compte bien aussi que vous ne laisserez pas réélire le marquis de Lagrifoul…. Dame! c'est sur vous que je m'appuie maintenant, cher monsieur Faujas.

Il le salua du bout de sa main blanche, puis rentra nonchalamment dans la tiédeur de son cabinet. L'abbé était resté courbé, surpris de l'aisance toute féminine avec laquelle monseigneur Rousselot changeait de maître et se livrait au plus fort. Alors seulement il sentit que l'évêque venait de se moquer de lui, comme il devait se moquer de l'abbé Fenil, du fauteuil moelleux où il traduisait Horace.