—Oui, j'ai mes nerfs, répondit-elle sèchement.

Puis elle se fit maternelle.

—Je deviens vieille, mon cher enfant; j'aurai trente ans bientôt. C'est terrible. Je ne prends de plaisir à rien.... A vingt ans, tu ne peux savoir....

—Est-ce que c'est pour te confesser que tu m'as emmené? interrompit le jeune homme. Ce serait diablement long.

Elle accueillit cette impertinence avec un faible sourire, comme une boutade d'enfant gâté à qui tout est permis.

—Je te conseille de te plaindre, continua Maxime; tu dépenses plus de cent mille francs par an pour ta toilette, tu habites un hôtel splendide, tu as des chevaux superbes, tes caprices font loi, et les journaux parlent de chacune de tes robes nouvelles comme d'un événement de la dernière gravité; les femmes te jalousent, les hommes donneraient dix ans de leur vie pour te baiser le bout des doigts.... Est-ce vrai? Elle fit, de la tête, un signe affirmatif, sans répondre.

Les yeux baissés, elle s'était remise à friser les poils de la peau d'ours.

—Va, ne sois pas modeste, poursuivit Maxime; avoue carrément que tu es une des colonnes du Second Empire. Entre nous, on peut se dire de ces choses-là.

Partout, aux Tuileries, chez les ministres, chez les simples millionnaires, en bas et en haut, tu règnes en souveraine. Il n'y a pas de plaisir où tu n'aies mis les deux pieds, et si j'osais, si le respect que je te dois ne me retenait pas, je dirais....

Il s'arrêta quelques secondes, riant; puis il acheva cavalièrement sa phrase.